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Un archéologue prospecteur prolifique

Ayant reçu une formation archéologique, c'est cet aspect de l'activité d'Ivan Pranishnikoff qui me semblait le plus intéressant. C'est aussi celui que je maîtrise le mieux et sur lequel je peux fournir le plus d'informations inédites.

L'archéologie et la préhistoire au début du siècle.

La Société Préhistorique Française.

Les rares publications d'Ivan.

Un prospecteur infatigable.

La photographie, l'un de ses outils d'observation.

Des clichés devenus aujourd'hui  de précieux témoignages. 
 
 

L'archéologie et la préhistoire au début du siècle.

Ivan Pranishnikoff s'est intéressé à l'archéologie, et particulièrement à la préhistoire,  vers les années 1890-95.
 Rappelons que la  préhistoire était, à la fin du XIXème siècle une science très récente. On la fait commencer, traditionnellement, en 1859, suite à l'acceptation par la communauté scientifique de l'idée de la haute antiquité de l'homme, bien au-delà des 6000 ans avant J.-C. rapportés par le récit de la Genèse, grâce aux travaux de Jacques Boucher de Perthes exposés dans ses "Antiquités celtiques et antédiluviennes ". C'était également dans ces années là que Darwin avait exposé ses théories sur l'origine des espèces .

 Rapidement la nouvelle discipline archéologique s’était structurée. Les bases d'une chronologie préhistorique, appuyée par les nouvelles découvertes de sites dans les années 1860-1880, furent proposées par Gabriel de Mortillet en 1872. Cette chronologie ne sera remise en cause qu'au début du XXème siècle et les termes employés pour désigner les périodes sont encore utilisés de nos jours : Solutréen, Magdalénien, Moustérien, etc. 

La Société Préhistorique Française.
(Société Préhistorique de France jusqu'en 1910).

 Une anecdote rapporte que l'idée de créer la Société Préhistorique de France, afin de regrouper les amateurs de préhistoire, serait venue à quelques amis, Anfos Martin, instituteur à Bonnieux, Marc Deydier, notaire de Cucuron, Ivan Pranishnikoff, le docteur Paul Raymond et Albert Moirenc, agent voyer cantonal de Bonnieux, alors qu'ils fouillaient la Baume-des-Peyrards à Buoux (Vaucluse) durant l'été 1903 .

A partir de 1905, la Société Préhistorique de France créa les Congrès Préhistoriques de France. Ceux-ci donnaient  lieu à de nombreuses communications ainsi qu'à des excursions dans la région où ils se déroulaient. Ivan Pranishnikoff participa à toutes les sessions et toutes les excursions jusqu'à sa mort. Il apparaît sur les clichés où il pose en compagnie des autres congressistes lors des sessions de Périgueux en  1905, Vannes en 1906, Autun en 1907, et Chambéry en 1908 .
A l'occasion du congrès de Chambéry, il fut nommé officier d'académie, avec une dizaine d'autres participants dont son ami Marc Deydier .

Les rares publications d'Ivan.

 Ivan Pranishnikoff publia peu, par modestie semble-t-il. Comme nous allons le voir plus loin, c'est son activité de prospecteur qui est remarquable.

 En collaboration avec le docteur Paul Raymond,  préhistorien parisien fouillant dans le Sud de la France, Ivan Pranishnikoff a publié dans le Bulletin de la Société Préhistorique Française

-"Les pierres à cupules et à gravures préhistoriques du Castellet près d'Arles" 

Tous deux étaient intrigués par les gravures que l’on peut observer sur les dalles des quatre allées couvertes néolithiques de Fontvieille, à proximité d'Arles.
 Ils écrivirent par la suite, dans la Revue Préhistorique en complément de cet article :

-"La divinité de la grotte des fées près d'Arles"

Cet article présente une gravure située dans l’allée couverte de La Source qu’ils interprétaient comme la représentation d’une divinité funéraire néolithique.

En 1907, dans cette même revue Ivan Pranishnikoff publia un article sur 
-"Les gravures du menhir de Congéniès" , et en 1909, un autre intitulé : 

-"Contribution à l'étude des pétroglyphes en France", 

Une présentation de mégalithes ou pseudo-mégalithes du Var et du Gard dont un grand nombre est représenté dans ses albums photographiques. Ces quelques publications témoignent d'une interrogation concernant les gravures et les mégalithes néolithiques.

Un prospecteur infatigable.

C'est en se promenant dans les garrigues languedociennes et provençales qu'Ivan Pranishnikoff réalisa un travail plus intéressant encore que ses publications.
 D'un naturel curieux, il visita, bien souvent à bicyclette, les sites présentés par les auteurs du XIXème siècle comme des habitats "celtiques", terme qui définissait, à l'époque toutes les périodes antérieures à l'arrivée des romains en Gaule. 

Son intérêt pour ces sites semble être double. 
Tout d'abord, ces sites situés dans un cadre naturel préservé offraient une vision intéressante d'un pur point de vue esthétique.
 Ensuite, il y cherchait évidemment des témoignages de l'activités de nos ancêtres qu'il appelle les "hommes primitifs".

Lorsqu'il en avait l'occasion, il ramassait au sol du matériel archéologique, tessons, silex etc... A l'aide d'une boussole, de sa canne et d'un niveau à bulle il reportait sur les cartes d'Etat-Major les coordonnées géographiques des sites.
Enfin il réalisait des clichés photographiques qu'il réunit dans une collection de trois albums.
Lorsque ses confrères préhistoriens prirent connaissance de ses travaux de prospecteur, ils le pressèrent de rédiger des notices en complément de sa documentation. 

La photographie, l'un de ses outils d'observation.

 Faire des photographies, dans les années 1895-1905 n'était plus un exploit technique. 

L'invention de la photographie date officiellement de 1839 et tout au long du XIXème siècle des inventeurs successifs améliorèrent les possibilités d'utilisation de la photographie. Les temps de poses diminuèrent, les optiques furent plus lumineuses et le matériel de prise de vue moins volumineux.

Le procédé utilisé par Ivan Pranishnikoff est appelé "gélatino-bromure d'argent". Inventé en 1880, il révolutionna l'utilisation de la photographie. En effet il permettait des temps de pose très courts, un matériel de prise de vue transportable dans une mallette, que ce soient les chambres photographiques à soufflet ou les "Brownies" de Kodack, petits appareils photos qui auraient pu (presque) tenir dans une poche.
 L'autre intérêt de ce procédé est qu'il permettait d'acheter des plaques négatives toutes prêtes, de réaliser ses clichés et de les ramener à développer chez un photographe professionnel. C'est-à-dire comme nous actuellement (exception faite des procédés numérique évidemment). Les pellicules vendues dans le commerce de nos jours sont également conçues selon ce procédé au "gélatino-bromure d'argent".
 La fin du XIXème siècle voit donc se développer l'essor de la photographie "d'amateur". Si les images produites peuvent parfois décevoir en terme d'esthétisme, les sujets des clichés sont infinis. Ces mêmes clichés sont devenus des documents de premier ordre pour les sociologues, les historiens, les géographes, etc....

 Les archéologues avaient été parmi les premiers à bénéficier des progrès de la photographie. Tous les ouvrages d'histoire de la photographie évoquent les liens étroits entre la photographie et l'archéologie dès le jour de son annonce officielle. 
"L'archéologie, notamment, peut en bénéficier au plus haut point"
 [Louis Arago in Comptes rendus de l'Académie des Sciences, Paris, Volume IX, p.257.]

L'intérêt du procédé au gélatino-bromure d'argent pour les archéologues comme Ivan Pranishnikoff et ses confrères fut de leur permettre, comme pour les érudits d'autres discipline, de produire un plus grand nombre d'images concernant leurs recherches. Ils se les faisaient parvenir, par courrier ou par le biais des sociétés auxquelles ils appartenaient.
Ainsi les préhistoriens vendéens comparaient les tumuli de leurs régions avec ceux d'Alsace et vice-versa. J'ai par exemple trouvé des clichés d'un archéologue de Grasse, Paul Goby, qui était un ami d'Ivan Pranishnikoff, à Grasse, Arles, Nîmes et Paris.

La collection de clichés réalisée par Ivan Pranishnikoff intéressa particulièrement ses confrères par l'étendue géographique qu'elle couvrait, depuis l'Hérault jusqu'à la vallée de l'Argens dans le Var. Les thèmes de ses clichés étaient en majorité les oppida, mais également les habitats troglodytiques et les mégalithes. Un tel travail n'avait à l'époque jamais été réalisé et cela méritait et mérite encore aujourd'hui d'être signalé.

Des clichés devenus aujourd'hui  de précieux témoignages. 

 Ses clichés intéressèrent donc au plus haut point ses confrères archéologues. Malheureusement pour ces derniers, après le décès d'Ivan Pranishnikoff (Avril 1909), les albums de photographies "disparurent". Lors du Congrès Préhistorique de Nîmes, en 1911, les organisateurs les cherchèrent en vain afin de les exposer.

C'est pourtant à la lecture d'une note signalant cette disparition : 
 "Cet album, d'un grand intérêt pour nos études, n'a pu être retrouvé, malgré les recherches qu'a faites sur nos instances Mme Vve Pranishnikoff. Ce serait une perte regrettable."
[ BOURILLY-MAZAURIC 1912.- J. Bourilly et F. Mazauric, "Statistiques des enceintes préhistoriques et protohistoriques du département du Gard", VII ème session du Congrès préhistorique de France, Paris, 1912, p.552]
que je décidais de rechercher ces clichés.
Et je les ai trouvés!!!!!! Quand j'y repense, ce jour là j'étais sur un nuage, dans la dramatique situation du chercheur qui a trouvé.
Ils sont conservés au Muséon Arlaten à Arles, n° inventaires 2878, 2879 et 2958. Le Muséon ne m'a pas autorisé à reproduire les clichés, estimant qu'il ne peut  le permettre tant qu'il n'a pas lui même de site web, ce qui n'est certainement pas pour demain. Je ne peux donc vous proposer qu'une carte où sont indiqués les sites photographiés, ce qui vous donnera une idée de l'étendue géographique de ses prospections. 

La suite selon le bon vouloir des autorités compétentes  !


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